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lundi 12 novembre 2012

L' Île et l'idylle




Dicono che qui, fra splendore e squallore, non rimanga spazio per il soave ; che la nostra non è terra d'idillio.

Dicono, ma è vero a metà. Conosco solitudini d'isola d'una tenerezza infinita, intime come pieghe di carne : alla foce del Platani, nella valle di Cimia, sul pianoro dell'Arcibessi... Persino le coste, per quanto manomesse e corrotte dall'infezione balneare, serbano ancora intatto qualche lembo d'incantesimo e di pace, in posti che mi guardo bene dal rivelarvi. Senza dire che anche ai siti più pubblicati è talvolta possibile estorcere il miracolo d'una sorpresa. Ricordo, dopo la fine d'uno spettacolo estivo, quando l'ultimo turista se ne fu andato in albergo, scioglersi da un cielo di nuvole e scendere di scheggia in scheggia un timido plenilunio sulla cavea di Segesta... e dalle parti di Pozzallo una torre di guardia, di quelle che si erigevano per allarme dei Corsali barbareschi, assumere ai primi barlumi del giorno figura di misterioso cimiero... e ad Agrigento, un mezzodì, una lucertola verdissima imbambolarsi di sole lungo la guancia d'un Telamone caduto...

Bellezza e silenzio esistono dunque ancora nell'isola : nei tavolati, nei bivieri, sulle sponde delle fiumare ; nei borghi di cui s'incappellano i cocuzzoli montani e i cui mucchi di dammusi si osservano all'orizzonte o s'indovinano dai lumi, attraversando l'isola da Catania a Palermo, chi levi il capo un momento dal monotono nastro d'asfalto per interrogare il mistero d'una Sicilia che gli s'invola. Sì, perché a questo punto è lecito chiedersi se i rettilinei delle autostrade non siano in qualche modo provvidenziali, quando spingono avanti alla cieca il viaggiatore indiscreto, distraendolo dai santuari più intimi (valli, baie, contrafforti boschivi...), ch'egli spargerebbe altrimenti di carta straccia e barattoli vuoti...

Odiosamata Sicilia ! Di cui non saprebbe trovarsi terra più ricca di magnificenze e d'orrori. Vociferati, questi, ogni mattina dagli strilloni sotto il balcone ; scritte, le altre – terragne, marine, celesti – tacitamente negli occhi di chi la elesse, anche al di là del diritto d'anagrafe, per madre e patria dell'anima.

Gesualdo Bufalino  Saldi d'autunno, Ed. Bompiani, 1990  






On dit qu'ici, entre splendeur et misère, il n'y a plus de place pour la douceur ; que la Sicile n'est pas une terre d'idylle.

On le dit, mais ça n'est qu'à moitié vrai. Je connais des solitudes insulaires d'une tendresse infinie, intimes comme des plis de chair : à l'embouchure du Platani, dans la vallée de Cimia, sur le plateau de l'Arcibessi... Même les côtes, pourtant suppliciées et corrompues par l'infection balnéaire, gardent encore intacts quelques coins enchanteurs et paisibles, dans des endroits que je me garde bien de vous révéler. Et même dans les sites les plus fréquentés, il est parfois possible d'extorquer le miracle d'une surprise. Je me souviens, à la fin d'un spectacle estival, quand le dernier touriste eut rejoint son hôtel, d'une pleine lune timide sur la cavea de Ségeste, s'extrayant d'un ciel nuageux en une lente descente progressive... Ou encore, dans les environs de Pozzallo, une tour de guet, du genre de celles que l'on érigeait pour prévenir de l'arrivée des Corsaires barbaresques, qui se changeait dans les premières lueurs de l'aube en un mystérieux cimier... Et à Agrigente, à midi, un lézard très vert qui se grisait de soleil contre la joue d'un Télamon couché...

La beauté et le silence existent donc encore sur l'île : sur les plateaux, près des marais, au bord des torrents ; dans les villages qui parsèment les sommets montagneux et dont les anciennes constructions se découpent à l'horizon ou se devinent par leurs lumières. Mais cette beauté ne s'offre qu'à ceux qui, traversant l'île de Catane à Palerme, veulent bien détourner leur regard du monotone ruban d'asphalte, pour interroger le mystère d'une Sicile qui se dérobe à eux. Et finalement, il n'est pas exagéré de se demander si les longues lignes droites des autoroutes ne sont pas providentielles, dans la mesure où elles poussent en avant, à l'aveugle, le voyageur indiscret, en l'écartant des sanctuaires les plus intimes (les vallées, les baies, les contreforts boisés...) qu'autrement il souillerait de ses papiers gras et de ses canettes vides...

Sicile odieuse et aimée ! Pourrait-il exister une île plus riche de merveilles et d'horreurs? Celles-ci vociférées tous les matins sous les balcons par les crieurs de journaux ; celles-là – merveilles terrestres, marines, célestes – gravées secrètement dans les yeux de ceux qui en firent leur terre d'élection et, même s'ils n'y sont pas nés, la mère et la patrie de leur âme.

(Traduction personnelle)








Images : en haut, René Seindal  (Site Flickr)

au centre, Site Flickr

en bas, Site Flickr



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